Isabelle Chavy

Au Pays des Mots

ROMAN JEUNESSE

NOMBRE DE MOTS : 22 000 approx.
ILLUSTRATIONS : /
THÉMATIQUES : écriture, orthographe, règles de grammaire

Le livre

Bastien, un élève de CE2, a de grosses difficultés en orthographe. Pour l’aider, son grand-père l’emmène au Pays des Mots, là où vivent les mots et où sont construites les phrases. Là, il peut observer les mots, comment ils s’organisent, s’associent, comment ils souffrent s’ils sont mal utilisés, s’ils sont amputés d’une partie d’eux-mêmes ou si on leur adjoint un morceau dont ils ne veulent pas, s’ils sont tordus, défigurés.

Fasciné par la beauté du Pays des Mots, comprenant mieux l’orthographe et face à la souffrance des mots, Bastien progresse en orthographe et est motivé pour le faire.

L’auteur

Isabelle Chavy est professeur des écoles depuis 20 ans et vit actuellement à Niort.

Elle tient un blog, www.isabellechavy.fr, sur lequel elle écrit les chroniques d’une petite souris à l’école, des anecdotes prises sur le vif dans le monde de l’école primaire.

Elle est également l’auteur de trois romans de littérature adulte : L’orpheline de Saint Aubin (Éd. Pocket), Le choix d’une vie (Éd. Pocket), Le secret d’Alix (Éd. Nouvelles Plumes).

L’avis de l’agence

Facile à lire et attrayant, ce livre permet aux enfants en difficulté avec l’orthographe de poser un regard neuf sur l’écriture et de dédramatiser l’orthographe.

Les points forts

– Un livre pour dédramatiser l’orthographe, à mettre entre toutes les mains.

– Une histoire attachante et des personnages auxquels le lecteur peut facilement s’identifier.

– Un roman pour enfants de primaire jusqu’à la sixième.

Extrait

Bastien approche à nouveau la tête, jusqu’à ce que son nez touche presque le papier. Pendant quelques secondes, il guette, à l’affût… quand soudain, une chose étrange se produit. Oh, c’est tellement léger que Bastien croit que c’est son imagination qui lui joue des tours. Mais cela recommence : il sent comme des caresses sur ses joues, légères comme une plume. Quelque chose semble même lui rentrer dans les narines et il doit se retenir pour ne pas éternuer. Une petite brise fait voleter sa mèche de cheveux, c’est incroyable ! Et oui, en tendant bien l’oreille, il lui semble même percevoir des chuchotis, des vrombissements lointains. C’est complètement fou !
– Attention ! prévient papy Roger.
Mais il n’a pas le temps d’en dire plus. Bastien a soudain la sensation d’être happé, tête la première, dans un grand trou noir. Il se sent tomber, tomber, comme dans un puits sans fond, de plus en plus vite. La tête lui tourne, il essaie de s’accrocher au bras de son grand-père mais ne trouve rien. Il veut crier mais curieusement, aucun son ne sort de sa bouche.
L’atterrissage se fait en douceur, sur un tapis de feuilles mortes. Des chuchotements, des soupirs, des crissements les accueillent. Bastien a à peine le temps d’apercevoir des ombres, longues et fines, se faufiler à toute allure et disparaître. Ahuri, il regarde tout autour de lui. Il ne reconnaît

plus le salon si familier de ses grands-parents. Et pour cause, il se trouve dans une grande prairie ! Mais à y regarder de plus près, ce n’est pas une prairie ordinaire. Timidement, du bout du doigt, Bastien touche un brin d’herbe. Il est en papier ! Pareil pour le coquelicot à côté. Et le chardon aussi. Et les pissenlits !
– Waouh ! Mais où sommes-nous ? murmure-t-il.
Des oiseaux volent au-dessus de leurs têtes, en faisant beaucoup de vent. Bastien reste bouche bée, médusé, quand il réalise que ce sont en fait des lettres, un A, un X, deux P, un M et quelques voyelles qui se poursuivent !
Papy Roger est à côté qui contemple les réactions de son petit-fils en souriant.
– Et tu n’as encore rien vu, dit-il d’une voix basse. Suis-moi, mais sois discret.
Bastien suit son grand-père dans les grandes herbes de papier. Elles sont fragiles, certaines se déchirent à son passage, d’autres sont coupantes ou se froissent. Ils débouchent sur un magnifique point de vue et Bastien réalise qu’ils sont perchés sur une sorte de colline. Et à leurs pieds s’étend le pays le plus incroyable qui soit : une petite ville miniature, avec ses quartiers et sa banlieue, toute de papier, (papier crépon, papier de dessin, papier-calque, papier millimétré, papier journal, papier toilette !). Les différents quartiers sont reliés entre eux

par des routes avec des feux rouges et des passages piétons. Il y a des immeubles et des maisons, des parcs, une mairie et sa grande place, des boutiques, un garage, un hôpital, une usine, un commissariat et même une prison… Mais ce n’est pas fini, car au-delà de la ville, le paysage continue, avec des forêts, des champs et des chemins de papier. Et tout à l’horizon, une montagne de papier ! Dans la ville, des petites choses semblent grouiller, s’affairer. Bastien est trop loin pour bien distinguer mais son grand-père lui dit sur un ton solennel :
– Nous voilà arrivés au Pays des Mots. Là-bas, tu vois des mots qui se promènent. À partir de maintenant, il faudra être discrets. Ici, les mots sont au repos. Ils tolèrent donc notre présence, à condition qu’on les laisse tranquilles. Nous allons visiter la ville. D’ici, tu peux déjà voir l’immeuble des Verbes. Et là-bas, celui des Noms. Et derrière, c’est le grand magasin des Adjectifs. Comme tu peux le constater, ils ne se mélangent pas ! Chacun appartient à une tribu. On dit que c’est la nature d’un mot. Il y en a d’autres encore mais je t’en parlerai en temps voulu. Je veux d’abord te faire visiter l’hôpital des mots. Tu vas mieux comprendre pourquoi il est important de bien les traiter.
Bastien et papy Roger pénètrent dans la ville miniature. Ils font attention où ils mettent leurs pieds. Bastien

manque d’écraser le mot souris qui s’enfuit en couinant. Il doit enjamber les mots conciliabule et palabre qui discutent en plein milieu de la route. À un carrefour, le mot agent sépare querelle et dispute, qui s’assomment à coups de lettres pointues. Les mots voler, galoper, courir, s’élancer, flâner font la course dans la rue. C’est galoper le vainqueur. Les mots jolie, coquette, mignonne jeune fille paradent sur le trottoir, bras dessous bras dessus tandis que malotru et voyou sifflent sur leur passage. Éberlué, Bastien ne sait plus où jeter les yeux. Il sent qu’on lui agrippe les chevilles : chenille et puceron partent à l’aventure et s’emmêlent avec délice dans ses chaussettes. Délicatement, pour ne pas abîmer leurs lettres, Bastien les redépose par terre. C’est alors au tour de écharpe de s’enrouler autour de sa gorge ; il s’allonge, étire ses lettres qui sont toutes chaudes. Papy Roger vient à la rescousse de son petit-fils, en retirant doucement le mot :
– Laisse-nous tranquille, toi. Ah, ces mots. Ils sont tellement affectueux ! Ce sont de vrais enfants. Ils ne pensent qu’à s’amuser.

Représentation d’auteurs