Pierre Le Naour

Voyage vers le futur

DYSTOPIE

NOMBRE DE MOTS : 73 000 approx.
ILLUSTRATIONS : /
THÉMATIQUES : enquête policière, manipulations génétiques, Préhistoire, réchauffement climatique, voyage dans l’espace, recherche d’une nouvelle terre.

Le livre

La Terre est en plein réchauffement climatique, il fait de plus en plus chaud.

Tout commence comme un roman policier classique, un meurtre mystérieux avec une mise en scène élaborée, un commandant de gendarmerie, enquêteur expérimenté et inspiré, des pressions politiques, un coupable trop facile conspué par la foule. L’enquêteur qui poursuit ses investigations envers et contre tout. Mais quand les résultats ADN tombent, le rythme change, ainsi que le registre de l’ouvrage : les restes humains ne sont pas ceux des 12 écolières disparues, mais ceux de 6 garçons et 6 filles néanderthaliens, morts très récemment. De plus, le meurtrier présumé est lui aussi un Néanderthalien, né à la suite de manipulations génétique. Deux quêtes se poursuivent alors en parallèle : celle de Léa, infirmière, qui part à recherche du lieu de naissance d’Araô le Néanderthalien pour vivre la vie proche de la nature dont elle rêve auprès de lui ; et celle du commandant de gendarmerie à la retraite, qui cherche la vérité.

Apparaît alors une vaste opération clandestine : il s’agit de recréer des êtres préhistoriques à partir de l’ADN retrouvé, de les faire se reproduire dans une réserve où ils peuvent vivre et chasser comme à la Préhistoire, dans le but de les envoyer conquérir une nouvelle terre, à l’autre bout de l’espace.

L’auteur

Après avoir assuré différents postes dans des agences d’architectes, Pierre Le Naour a créé son propre cabinet de maîtrise d’oeuvre en 1973. Il a exercé ce métier jusqu’à sa retraite en 2011. Son activité lui a imposé de visiter des milliers de logements et de pénétrer dans l’intimité de leurs occupants. Elle lui a aussi permis d’acquérir une expérience incomparable dans le domaine de la complexité de l’être humain. Les notions liées à sa profession ont réveillé en lui l’instinct de survie d’une civilisation menacée par sa croissance démographique. Ces thématiques servent de toile de fond à ses romans.

Il est notamment l’auteur du recueil de poèmes Un petit coin de planète bleue qui a obtenu le prix littéraire Nausicaa en 2012, de deux polars noirs aux éditions Astoure et de deux romans aux éditions À l’ombre des mots.

L’avis de l’agence

Bien construit et plein de rebondissements, ce roman retient l’attention du lecteur par ses changements de registres, ses surprises, ses personnages certains fous, certains parfaitement sensés, d’autres menés par leur ambition ou leur cupidité ou prisonniers des démons de leur enfance. Une fresque humaine riche qui nous montre vers quoi pourraient mener les folies de certaines entreprises disposant des fonds quasi illimités.

Les points forts

– Une dystopie axée sur une thématique d’actualité : le réchauffement climatique.
– Un style fluide et accrocheur.
– Une intrigue pleine de surprises faisant basculer le lecteur d’un scénario de polar vers un scénario d’anticipation.

Extrait

Quel niveau de persécution pouvait avoir atteint le cerveau du ou des auteurs de cette horreur pour choisir, niché au milieu d’arbres – dont les racines rechignaient à s’accrocher à la rocaille noire de la falaise – le point précis où se rejoignaient les limites des trois départements bretons, afin d’y déposer un cercle de quatre mètres de diamètre, rempli de gravier rose provenant des carrières de Fréhel.

En respectant scrupuleusement l’axe des quatre points cardinaux et les divisions de la rose des vents, reposaient, sur ce décor, les corps de douze fillettes de 12 ans, couchés en position foetale, habillés d’une jupe bleue, d’un corsage blanc, d’escarpins vernis noirs et de chaussettes blanches. Les douze têtes, couronnées d’une résille de coquillages, étaient réunies autour d’une corbeille remplie de silex taillés et d’os, rappelant la danse macabre d’une tribu autour d’une urne funéraire, ainsi qu’une immense corolle de fleur.

Leur visage torturé, d’une pâleur étrange, semblait dormir. Elles dormaient, il est vrai, pour l’éternité.

À peine le commandant avait-il ordonné à ses hommes de baliser le site, et d’écarter tout curieux, qu’il découvrait qu’il était confronté à une véritable gageure administrative et juridique : les corps avaient été disposés sur

trois départements, autour de la borne qui en marquait la rencontre. Et pour simplifier la chose, sur le demi-cercle délimité au nord par la frontière du Finistère, reposaient six corps, alors que sur la partie sud, diamétralement opposée, recoupée en deux par la limite entre les Côtes-d’Armor et le Morbihan, il y en avait trois de chaque côté. En matière de territorialité, l’on ne pouvait imaginer schéma plus complexe. Jamais, de sa carrière, le commandant Jean-Marc Le Fur n’avait été confronté à une situation si embarrassante.
Il avait failli, sur l’instant, demander à ses hommes de glisser les corps d’un seul côté, mais il s’était ravisé devant l’incongruité d’un tel raisonnement. Ne trouvant pas d’autres solutions, conscient des difficultés qui allaient naître de cette situation, il avait pris le parti d’alerter ses supérieurs hiérarchiques. Il avait demandé à ses hommes d’observer la plus grande discrétion, tant que les officiers ministériels ne seraient pas sur place pour décider des dispositions à prendre.
Ayant pris contact avec le chef du service psychiatrique de l’hôpital où avait été conduit l’ouvrier agricole, il avait convenu avec celui-ci de le maintenir en chambre d’isolement, le temps des démarches, en prétextant que son état ne permettait pas les visites.

L’adjudant Prigent avait attiré le commandant vers le groupe des gendarmes, tétanisés par leur découverte, pour qu’il prenne connaissance de l’horreur de la situation.

Jean-Marc Le Fur, qui avait suivi de loin les investigations de ses hommes, avait découvert l’acte, dans toute sa barbarie, qui choquait par le raffinement de sa composition champêtre. Les corps utilisés comme éléments décoratifs passaient au deuxième rang, derrière le plan d’ensemble, et laissaient la terrifiante impression de n’être que des enveloppes vides que l’on avait exposées volontairement comme pour poser une énigme. L’un des gendarmes ayant pris l’initiative, en soulevant les vêtements de l’une des victimes, de rechercher la cause de la mort, son geste s’était arrêté net devant ce qu’il avait découvert. Le commandant s’était approché aussitôt et les deux hommes s’étaient effondrés chacun de leur côté, vomissant tripes et boyaux.

Le degré de perfection que les bourreaux avaient développé dans la cruauté dépassait l’imagination et il n’y avait nul besoin d’être grand psychanalyste, éminent criminologue ou profileur pour saisir que les méthodes employées étaient celles de professionnels du corps humain et que le crime, si cela en était un, dépassait largement le cadre d’une enquête criminelle courante.

Jean-Marc Le Fur avait été, d’ailleurs, bien incapable de classer cette affaire dans l’une des catégories définies par le Code pénal.

Son cerveau s’était mis à fonctionner à cent à l’heure. Une formation rigoureuse, un esprit de synthèse hors du commun l’avaient conduit à ce poste qu’il avait honoré de sa grande probité et du respect de l’intégrité du citoyen. Homme de répression, mais de justice avant tout, il pouvait se vanter de n’avoir jamais négligé le moindre détail dans les affaires qui lui étaient dévolues et de n’avoir jamais classé un dossier sur lequel subsistait un doute. La justice était une question de temps. Et ce temps jouait en faveur de l’homme d’intuition qu’il était devenu.

Mais dans le cas présent, l’abomination était telle qu’il ne voyait pas à quel exemple, ni à quelle juridiction la rattacher. Qu’importe, ce qu’il découvrait était la pire révélation de l’exploitation de l’être humain dans ses extrêmes. Sans doute usait-on de ce genre de procédé en temps de guerre, sous le couvert de recherches scientifiques ? Il lui avait semblé pourtant que les méthodes nazies de Birkenau étaient révolues.